Eddy

1) Comment as-tu débuté dans le monde maritime ?

J’ai commencé à travailler en mer en 1988 sur un navire qui appartenait à mon oncle, le MV Linda. C’était un caboteur qui a navigué dans la région Nord-Ouest de l’Europe, transportant principalement des produits forestiers.

Mon père n’était pas dans le secteur du transport maritime, mais il a toujours parlé de son désir d’aller à la mer quand il était jeune. Malheureusement pour lui, son père est décédé jeune et il a dû prendre soin de sa famille.

Mon intérêt pour l’industrie s’est éveillé grâce au désir de mon père de travailler dans le transport maritime, et également grâce à son énorme collection de livres sur l’industrie du transport maritime.

 

2) Quelle est ta formation et quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Au début, comme mon père, je travaillais en tant que soudeur mais je n’ai jamais vraiment pu me faire à ce travail. Je voulais voir quelque chose de ce monde. Pendant l’été 1988, j’ai réalisé mon premier voyage en mer. J’ai rejoint le Royaume-Uni et j’ai voyagé pendant deux mois jusqu’à ce que je rejoigne le Collège nautique (Maritiem Instituut IJmond). J’ai ainsi commencé une nouvelle formation d’agent maritime. En 4 ans, j’ai obtenu une double licence pour être à la fois ingénieur et officier de marine.

Pendant ces quatre années à l’école, je naviguais presque pendant toutes mes vacances et j’ai même fait ma dernière année en pratique. J’ai réussi la formation et suis devenu officier de marine. Directement après ma formation, j’ai intégré un navire de la société Wijnne and Barends comme deuxième officier. C’est à l’institut nautique que j’ai rencontré mon associé Marko Habiecht. Il était mon camarade de classe pendant toutes ces années et nous sommes restés amis pendant tout ce temps.

Après avoir navigué 6 mois en tant que deuxième officier, j’ai été promu et suis devenu officier en chef sur un caboteur, le MV Linda Marijke. Je pouvais aussi bien utiliser mon diplôme d’ingénieur et travailler comme officier de pont. Après deux ans, je suis devenu partenaire sur le navire et j’ai navigué avec lui jusqu’en 2001. Nous avons voyagé  principalement au Nord-Ouest de l’Europe et avions régulièrement un voyage en Méditerranée. En 1997, je suis devenu capitaine du navire.

En 2001, j’ai arrêté de travailler pour le MV Linda Marijke et je suis devenu indépendant. Je travaillais en tant que capitaine pour plusieurs armateurs sous le pavillon de Wagenborg. Je me suis beaucoup amusé dans ce nouveau travail en mer et mon monde s’est rapidement élargi. Entre 2003 et fin 2015, j’ai travaillé pour l’entreprise devenue ForestWave Navigation. Pendant mon temps libre et à partir de 2010, je travaillais déjà en tant que capitaine de supercargo et cela a été une très bonne expérience.

Avec ForestWave Navigation, je me suis rendu dans le monde entier et on m’a donné la chance d’élargir la flotte de  navires de l’entreprise. J’ai ainsi réalisé des nouveaux projets de construction en Hollande mais aussi en Chine. Cette nouvelle expérience a également été une vraie satisfaction.

J’ai navigué dans beaucoup de mers du monde et j’ai visité beaucoup de pays notamment : en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord et du Sud et dans les pays de l’Asie du Sud-Est. Les seuls continents que je n’ai pas encore visité sont l’Australie et l’Antarctique. Mais les choses peuvent encore changer 😉

 

3) Qu’est ce que tu affectionnes dans ton job ? Quels en sont les avantages et inconvénients ?

J’ai toujours travaillé en mer avec plaisir, mais lors des dix dernières années, j’ai observé un réel changement dans le domaine du transport maritime. Ces dernières années, j’étais le seul membre de l’équipage néerlandais et je naviguais avec des officiers ukrainiens ou russes et un équipage de pont philippins. Ce n’est pas un problème lorsque l’équipage est ok mais socialement vous devenez de plus en plus isolé. J’ai donc commencé à chercher quelque chose de nouveau.

C’est avec le navire FWN Solide que j’ai réalisé mon dernier voyage, effectué entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Lorsque ce voyage a été achevé, nous avons reçu une charte partie à temps pour 6 semaines dans le golfe de Californie, au Mexique. C’est l’une des zones les plus belles dans lesquelles j’ai navigué.

En ce qui concerne les avantages et inconvénients de mon travail. Bien sûr, être un marin vous donne la possibilité de voir de nombreuses choses de ce monde. Et j’ai vu ma part. De beaux pays comme la Norvège avec ses magnifiques fjords, l’Indonésie et ses belles îles, les Caraïbes avec de belles îles et des conditions météorologiques excellentes. Les inconvénients sont pour la plupart du temps liés à l’augmentation continue de la paperasse à bord du navire qui vous fait vous sentir plus comme un gardien de livre qu’un capitaine. Un des avantages concerne les cargaisons et les équipements avec lesquels vous travaillez. Ma femme m’a toujours désigné comme un petit garçon avec de grands jouets 😉

En septembre dernier, mon ami Marko m’a demandé si j’étais intéressé pour lancer notre propre entreprise. Après quelques jours de réflexion, j’ai pris la décision, pour moi-même et ma famille, de re-devenir travailleur indépendant. Marko est dans ce secteur depuis déjà dix ans en tant qu’expert maritime. Il voulait démarrer sa propre entreprise, mais pas tout seul. Nous avons donc pris la décision de lancer notre propre affaire appelée aujourd’hui Maritime Consultancy Amsterdam.

Depuis le 1er Janvier 2016, nous travaillons sous ce nom. United Heavy Lift nous a sollicité pour prendre soin de la capitainerie du port de J. Henricus en Suède et à Rouen. United Heavy Lift est l’un de nos clients, et nous espérons sincèrement qu’ils sont satisfaits de notre performance. Je pars au Bénin la semaine prochaine pour m’occupper d’un navire de mon ancienne société FWN en tant que capitaine de port.

 

4) Quelle est ta vision sur le rôle de Shipping Lab pour le secteur ?

Je pense qu’il est important de promouvoir le transport maritime. Autrement, nous allons vraiment devenir les derniers des Mohicans. Travailler en mer représente une merveilleuse carrière. Mais aujourd’hui, avec les systèmes ISPS etc, les navires sont cachés derrière des clôtures et des murs. Le commun des mortels ne voit plus jamais les navires et les équipages à part quand quelque chose va mal. À ce moment là, il le lit dans les journaux.
Au Pays-Bas, j’ai eu l’occasion, à deux reprises, de parler de mon travail devant les élèves de l’école de grammaire de mes enfants. Les enfants adorent qu’on leur parle de nos histoires. Grâce à cela, ils veulent eux aussi devenir capitaine.