Hervé

1) Shipping Lab : Comment as-tu débuté dans le monde maritime ?

D’abord dans la construction navale, aux Chantiers de l’Atlantique (alors ALSTOM MARINE), puis dans la Marine nationale, assez proche des opérations pour m’imprégner d’une méthodologie de préparation et de conduite d’opérations en mer.

J’ai ensuite orienté ma reconversion autour de deux défis : la Croissance Bleue et la Transition Energétique. Une expérience de développement de services d’ingénierie maritime m’a permis de comprendre le marché et de saisir l’ampleur des enjeux du maritime, mais aussi la nécessité de très bien connaître les métiers et les contraintes des donneurs d’ordre. Je suis donc ensuite naturellement passé côté Clients pour bien appréhender leurs attentes.

Ces six années à des postes de direction au sein de startup et de filiales de grands groupes de l’énergie très capitalisées ont été l’occasion d’éprouver des méthodes de management, de m’imprégner des modes de fonctionnement et de prise de décision des acteurs des énergies nouvelles, et de me préparer ainsi à l’évènement des énergies marines renouvelables.

Depuis, j’ai donc fait de la mer mon métier, mais c’est également une passion qui n’a jamais cessé de m’habiter, sous différentes formes : navigation hauturière, voile légère, plongée, biologie marine, formation des plus jeunes… Alors, pour répondre à la question posée : je n’oublierai jamais mes premiers bords à la voile tirés entre l’estuaire du Trieux et l’archipel de Bréhat.

 

2) Shipping Lab : Quelle est ta formation et quelles sont tes activités aujourd’hui ?

J’ai suivi une formation universitaire assez conventionnelle dans une école supérieure de commerce, mais c’est surtout dans la réflexion et l’action, aux côtés de grands décideurs d’une part et d’opérationnels très pointus d’autre part que j’ai fourbi mes armes de dirigeant puis d’entrepreneur, aussi bien au sein de services de l’Etat, de TPE, de start-up ou de grands groupes.

La marine nationale et la gestion de projets m’ont permis de pratiquer des méthodes de travail intéressantes, et m’ont surtout donné accès aux espaces maritimes. Ces différentes rencontres et collaborations ont été le catalyseur de ce projet d’entreprise : la supervision de projet et l’assistance technique combinées à l’exploitation et la coordination de moyens maritimes constituent le chaînon opérationnel logique entre les gens de mer, les moyens maritimes et les donneurs d’ordre.

Tout cela ne s’apprend pas seulement sur les bancs d’une école ou sur des slides PowerPoint : c’est bien sur le pont des navires, dans les salles machines et sous l’eau que l’expérience s’enrichit. Il faut s’avoir s’entourer : c’est ce que j’ai fait en créant un guichet unique de services maritimes intégrés, avec des capitaines de marine marchande, des océanologues, des experts de l’offshore, des officiers de marine, des architectes navals, des ingénieurs en génie maritime…

J’ai compris que la Croissance Bleue allait appeler énormément de besoins d’études, d’ingénierie, d’assistance technique et de services maritimes. L’évènement déclenchant majeur pour nos économies régionales sera l’avènement des énergies marines renouvelables, et plus généralement le développement des activités en mer, qui s’accompagne systématiquement de travaux de recherche, d’opérations de déploiement, d’inspection, d’entretien, de suivi… Nous intervenons principalement dans ces domaines.

 

3) Shipping Lab : Peux-tu nous en dire plus sur le concept Ship As A Service ?

La raison d’être de Ship As A Service® et le leitmotiv des équipes est de simplifier l’accès aux services maritimes pour faciliter la réalisation des projets en mer.

Avec Ship As A Service®, nous déployons l’économie d’usage des services maritimes au travers d’un guichet unique de services intellectuels, techniques et opérationnels clé-en-main. C’est une logique d’EPCI (Engineering, Procurement, Construction & Installation) adaptée aux opérations maritimes, soit donc une vision assez iconoclaste dans un secteur historiquement régi par le contrat d’affrètement, la « charte-partie » et l’intervention de nombreux intermédiaires. Mais demain, tout le monde s’accordera à penser que les approches fonctionnelles et la désintermédiation sont une évidence.

Nous nous positionnons sur 3 enjeux :

  • la connaissance du milieu marin,
  • l’exploitation des énergies de la mer,
  • la R&D appliquée et la formation.

L’une de nos ambitions est par exemple de favoriser une maîtrise des CAPEX & OPEX des projets EMR en forfaitisant certains services maritimes. Autrement dit, être un acteur du kWh EMR compétitif, qui permettra une accélération économique de la filière. Pour atteindre cette cible, il nous faudra optimiser l’accès à ces services et maîtriser leur outil de production, soit donc opérer des navires à la fois mobiles, polyvalents et à forte valeur d’usage.

 

4) Shipping Lab : Qu’est-ce que tu affectionnes dans ton job ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Ce qui est stimulant dans cette aventure, c’est sa dimension et sa profondeur : c’est à la fois un métier d’ambassadeur, de conseiller, d’ingénieur, de conducteur de travaux, de marin… puisqu’il faut mobiliser, concevoir, agréger, déployer et produire. C’est donc un vrai projet d’entreprise dans la mesure où il est essentiel de créer les conditions de partage et de création de valeur ajoutée en faisant phosphorer des ingénieurs, des architectes, des marins, des experts…

Bref, c’est complexe mais concret, et cet environnement exclut par nature les visions trop catégoriques ou manichéennes au profit des itérations. C’est une affaire des nuances, c’est « glaz », et ce cheminement vers des solutions opérationnelles me plait.

 

5) Shipping Lab : Quelle est ta vision sur le rôle de Shipping Lab pour le secteur ?

Shipping Lab peut être un Think-Tank des idées nouvelles pour le secteur maritime, et permettre aux protagonistes de ces innovations d’entrechoquer leurs neurones dans une dynamique positive, entre eux et également avec des seniors, et d’être ainsi l’un des vecteurs de l’évolution d’un secteur plutôt conservateur mais en pleine évolution : « …ensemble on va plus loin ».