Marielle

1) Shipping Lab : Comment as-tu débuté dans le monde maritime ?

Marielle : Originaire du Bassin d’Arcachon, j’ai eu la chance de grandir dans une famille pour qui la mer était une véritable passion. Mon grand-père maternel et mon père ont été chacun armateurs de navire de pêche une partie de leur vie. Dès mon plus jeune âge, j’étais très sensible au monde maritime et à ses activités de pêche et d’ostréiculture. Eduquée depuis mon berceau aux saveurs maritimes, j’ai toujours apprécié cette gastronomie raffinée et bénéfique pour la santé que ma grand-mère a toujours cuisiné comme « un chef » !

Ce n’est seulement qu’à l’issue de mes études que j’ai voulu en faire mon activité professionnelle et sur un secteur plutôt inattendu!

 

2) Shipping Lab : Quelle est ta formation et quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Marielle : J’ai débuté mes études de droit à Bordeaux, j’ai voulu après ma licence avoir une spécialisation en droit de l’environnement et développer des compétences relatives aux littoraux et à la mer, dans le but d’exercer la profession de juriste dans ces domaines. J’ai donc poursuivi mon cursus avec un Master I Droit de l’environnement à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et un Master II pluridisciplinaire des universités de Montpellier spécialisé en gestion des littoraux et des mers.

Mon stage de fin d’études s’est déroulé à Mayotte où j’ai travaillé pour la mise en conformité réglementaire et le développement des piscicultures marines de l’île.

Sortie des études en 2011, le marché du travail relatif aux professions maritimes et à la protection de l’environnement était fortement bouché. J’ai pu être intégrée comme juriste stagiaire au sein du pôle environnement d’un cabinet d’avocats de Bordeaux durant 8 mois et c’est à l’issue de ce stage que l’envie et la nécessité d’entreprendre se sont faites ressentir afin de développer un « métier sur-mesure ».

En effet, ma mère avait découvert en 2003 lors d’un voyage en Laponie l’existence du cuir de poisson. En observant la diversité des espèces maritimes du territoire aquitain et en analysant l’augmentation d’une consommation de poissons en filets, je me suis rendu-compte de l’importance du nombre de peaux inutilisées et jetées par les entreprises agro-alimentaires maritimes. C’est alors que j’ai voulu créer une filière de production de cuir de poisson avec une démarche éco-responsable et en économie circulaire sur le Bassin d’Arcachon (production) et sur Bordeaux (commercialisation). Après deux ans de recherche expérimentale et de construction d’un réseau nécessaire à cette filière, l’entreprise Femer peau marine est donc née en novembre 2014 avec pour ambition de produire divers cuirs de poissons (soles, mulets, truites, saumons, turbots, esturgeon, bar…) à 100% fabriqués en France.

 

3) Shipping Lab : Qu’est ce que tu affectionnes dans ton job ? Quels en sont les avantages et les inconvénients ?

Marielle : Mon job est à la croisée de deux mondes, le monde maritime et le monde du luxe (maroquinerie, chaussure, horlogerie, bijouterie, ameublement d’art…). Ce que j’affectionne le plus c’est le défi de lier ces deux mondes avec un produit innovant qu’est le cuir de poisson, et d’en faire une matière aussi noble que le cuir de crocodile. En effet, il y a beaucoup de points communs entre ces deux types de cuir, sauf que tous les poissons utilisés ont été préalablement mangés. Il y a donc avec le cuir de poisson, une logique anti-gaspillage dont l’importance est majeur aujourd’hui, notamment pour répondre aux grands enjeux environnementaux de notre siècle.

Les inconvénients sont surtout liés au fait que le poisson subi des a priori négatifs et son cuir de ce fait est moins attirant que d’autres espèces comme le serpent ou le crocodile. Les préjugés sur l’odeur sont importants. Il est donc nécessaire de dorer l’image de ce type de cuir qui en plus offre des textures incroyablement originales et exotiques. La généralisation de son utilisation irait dans le sens du développement durable et de la prévention des déchets pouvant de plus créer une filière d’emplois intéressante sur le territoire français du fait de l’importance de notre façade maritime. Le challenge est de généraliser l’utilisation de ce cuir «  écofriendly » et d’en faire une matière « glamour ».

 

4) Shipping Lab : Quelle est ta vision sur le rôle de Shipping Lab pour le secteur ?

Marielle : La création d’une communauté innovante avec la mise en avant des startups maritimes est très importante aujourd’hui. La construction d’un réseau permet aux entreprises de développer leurs activités et de pouvoir répondre à des enjeux de création d’emplois. Le Shipping Lab est intéressant pour créer des connexions entre tous les acteurs maritimes et pour dynamiser cette filière.

Les startups et innovations maritimes méritent d’avoir un coup de projecteur et d’être représentées et reconnues sur le plan national et international car bien souvent lorsqu’on parle d’innovation, on cantonne cela au secteur du numérique. L’innovation se propage pourtant dans tous les secteurs et c’est un positionnement à défendre au niveau du monde maritime. Ma vision du Shipping Lab est donc de porter l’étendard de cette innovation et de ce dynamisme.