Patrice

1) Shipping Lab : Comment as-tu débuté dans le monde maritime ?

Patrice : J’ai commencé à travailler dans le financement de matériel d’équipement industriel à l’export et ensuite dans le transport routier international. La frontière avec le transport maritime étant très ténue, j’ai naturellement été en contact avec le transport par barge et fluvio-maritime. Le coup de foudre avec le secteur maritime est arrivé à ce moment là.

 

2) Shipping Lab : Quelle est ta formation et quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Patrice : Au sortir de mes études de maitrise de droit et d’une licence de Commerce International, je n’avais aucune connaissance du maritime en particulier. Suite à mes premiers contacts avec le transport fluvio-maritime, j’ai travaillé sur un projet de développement de ligne maritime régulière entre les ports du Rhône et le Maroc. Cette mission m’a mené à rencontrer et négocier avec des armateurs et des autorités civiles et politiques. Une sorte d’avant goût du métier de courtier maritime.

A l’issue de ce projet, j’ai pris la décision de devenir courtier en affrêtement maritime. J’ai donc créé Aviship en 2003. J’ai, à cette époque, eu le soutien du PDG de Clipper, un armement danois qui m’a fait entrer dans le milieu maritime traditionnel. Puis j’ai représenté un autre armateur danois Julius Mortensen Shipping, qui est par la suite devenu Shipping DK. Nous nous sommes associés avec ce groupe pendant 7 ans pour créer leur filiale en France.

Aujourd’hui Aviship représente plusieurs armements en France (Shipping DK, Chipolbrok, Poulsen, etc). Nous sommes en quelques sortes leurs yeux et leurs oreilles sur le marché français. C’est le rôle d’un courtier. Hormis le fait de leur proposer des cargaisons, nous leur donnons un état des lieux du marché en France afin qu’ils puissent proposer les meilleurs tarifs et les meilleures conditions contractuelles pour pouvoir signer des contrats d’affrêtement avec les différents chargeurs.

 

3) Shipping Lab : Peux-tu nous en dire plus sur Aviship ?

Patrice : Aviship est une société de courtage d’affrètement et de représentation commerciale en qualité d’agent de certains armateurs que j’ai créé en 2003. Aviship est spécialisée sur le segment du transport maritime conventionnel, du transport de projet industriel et de colis lourd. Aviship est commercialement orientée plutôt affréteur qu’armateur en ce sens Aviship propose différentes solutions et options pour un même transport à ses clients. Elle va proposer plusieurs navires de différents armateurs et conseille ses clients sur les avantages et inconvénients de chaque moyen, par rapport à la problématique transport du client. Ensemble nous traitons de l’opportunité de travailler telle ou telle solution. Les armements représentés par Aviship en tant qu’agent sont :

1/ Chipolbrok en service conventionnel Continent/Chine/PG/USA

2/ Euroafrica Shipping lines service conventionnel sur l’Afrique de l’Ouest

3/ Shipping.dk armateur en tramping avec navires non-gréés

4/ J. Poulsen/Combidock Chartering, armateur spécialisé colis lourds.

Aviship entretien des relations étroites et régulières avec une quarantaine d’armateurs dans le secteur polyvalent conventionnel et a développé une large expérience et un réseau de contacts fiables et privilégiés au niveau international. Une exigence forte à offrir un service client de proximité grâce à une organisation flexible et une très grande  disponibilité  qui nous permet de conseiller nos clients au mieux de leurs intérêts et de les accompagner tout au long du processus transport.

 

4) Shipping Lab : Qu’est ce que tu affectionnes dans ton job ? Quels en sont les avantages et inconvénients ?

Patrice : L’intérêt du secteur est qu’il reste encore profondément humain avant d’être capitalistique et que l’humain fait encore la différence sur bien des projets. Aviship a réalisé un certain nombre d’opérations d’envergures sans toujours communiquer pour autant, privilégiant la mise en avant de ses clients et se montrant souvent à leur demande,  un acteur de l’ombre discret et de confiance. Je voyage à l’occasion de salons professionnels en Europe/Usa/Chine/Singapour, je mets l’accent à entretenir un réseau personnel étroit et de confiance en visitant fournisseurs et clients régulièrement et j’assiste assez régulièrement aux opérations de chargement de cargaisons « sensibles » sur le plan commercial.  J’ai passé beaucoup de temps en cale à suivre des opérations de chargement avec des «supercargo» et des experts, ce qui m’a donné de bonnes connaissances techniques professionnelles que je restitue en conseil auprès de mes clients.

Les échanges avec mes différents interlocuteurs prennent très vite une teinte amicale. La confiance dans ses partenaires est primordiale dans ce métier. On ne fonctionne pas au coup par coup mais sur le long terme. Cela favorise l’humain plutôt qu’un simple rapport financier client / fournisseur.

D’un autre côté, le métier évolu très vite et il faut sans cesse s’adapter au marché, mais aussi à l’évolution de la technologie notamment les nouveaux outils de communication.

Tout d’abord, le marché du fret maritime est directement lié à l’économie mondiale. Si l’économie va bien, le marché se porte bien. A l’inverse, le marché peut vite montrer des signes très négatifs pour tous les acteurs du marché quand l’économie mondiale est en situation difficile.

Seuls les acteurs les plus solides financièrements, mais aussi les plus sains restent sur le marché. Chez les armateurs, on assiste souvent à des mouvements de concentrations ce qui redistribuent les cartes auprès des différents acteurs associés (courtiers, agents, assurances, …).

Les nouvelles technologies de communication impliquent aussi une circulation beaucoup plus rapide de l’information. La concurrence est beaucoup plus dense chez les courtiers. Les armateurs ont désormais plus tendance à choisir l’information la plus rapide et non plus la plus sûre, leur but étant de rentabiliser chacun de leur voyage au plus vite.

Cela demande beaucoup d’implication et une grande disponibilité. Cela demande de sacrifier quelques week-end de temps en temps.

 

5) Shipping Lab : Quelle est ta vision sur le rôle de Shipping Lab pour le secteur ?

Patrice : Les jeunes sont peu présents, la France n’a pas une culture maritime forte. Les principaux jeunes qui sortent des écoles spécialisées vont plutôt dans les segments du vrac, chez les traders ou les sociétés de négoce. On en voit peu rentrer dans le courtage spécialisé en projet industriel. L’expérience est primordiale dans ce métier, il faut donc avoir de la patience pour devenir un véritable expert chaque expédition est un cas de figure différent, et il est nécessaire d’être sérieux, appliqué pour gagner la confiance du client. Tout n’est pas que question de prix, même si le marché actuel est lié au prix.

Shipping Lab peut donc jouer ce rôle d’informateur : faire connaître et promouvoir les métiers de la filière maritime auprès des jeunes et susciter l’intérêt pour le courtage maritime qui reste en prise directe avec l’international, un monde riche et varié.