Pierre-Antoine

1) Shipping Lab : Comment as tu débuté dans le monde maritime ?

Pierre-Antoine : J’ai découvert le monde maritime un peu par hasard à travers la plaisance, avec mes parents. En naviguant entre la Baie de Seine et les Iles Anglos Normandes, on croise naturellement  navires de commerce et autres NGV (navire à grande vitesse). C’était plus un spectacle qu’un rêve de gosse, je n’imaginais pas un jour être inscrit sur un rôle d’équipage et regarder les plaisanciers depuis la passerelle d’un navire marchand.

En Terminale Scientifique, je me demande bien ce que je vais pouvoir faire après cette dernière année de lycée. Coup de bol, j’échoue au bac. Je ne rentrerais pas en École de Commerce comme bon nombre de mes amis a cette époque. Je repasse mon bac et prépare l’ «après». Je repense à ces navires de commerce et, récupère des informations sur le cursus, pour devenir Officier de la Marine Marchande. Peu importe la durée de ma carrière de navigant, je suis persuadé que l’on peut rebondir à terre après cette formation atypique. Le bac en poche, j’intègre la filière académique, en passant par une classe préparatoire spécialisée d’un an. Le cursus académique forme les Officiers de 1ere Classe ou les prérogatives sont illimitées en tonnage et puissance propulsive. J’effectue mon premier embarquement sur un transporteur de gaz liquéfié (LPG/C) entre la Norvège et le Mexique. Deux mois plus tard, je débarque la tête pleine de souvenirs, mais peu convaincu que partir des mois en mer avec peu de communication vers l’extérieur, soit réellement fait pour moi. Je persévère, change de navigation et découvre d’autres types de navire. Je poursuis mes embarquements d’Élève-Officier puis Officier, à bord des  portes-container de la CMA CGM, des rouliers de la compagnie Seafrance et rejoint en 2010 le Groupe Bourbon à l’Offshore Pétrolier.

 

2) Shipping Lab : Quelle est ta formation et quelles sont tes activités aujourd’hui ?

Pierre-Antoine : Je suis diplômé de l’École Nationale de la Marine Marchande du Havre et, titulaire d’un brevet de Capitaine dit “illimité” de la Marine Marchande.

En 2013, j’ai arrêté de naviguer pour compléter mon cursus « Marmar » par un 3eme cycle en École de Commerce. Certain de ne pas finir ma carrière professionnelle a la barre d’un navire, il me manquait une corde à mon arc pour évoluer différemment et comprendre un peu mieux le monde de l’entreprise. J’intègre l’ESSEC-Paris et le MS SMIB (Strategy and Management of International Business). En alternance pendant quinze mois, je rejoins le service Operations Supply de la société Bourbon Offshore ou diverses missions me sont attribuées.

En mars 2015, mon 3eme cycle en poche, je reprends la navigation sur des navires « Offshore » ou j’occupe la fonction de Second Capitaine. Les embarquements se succèdent en Afrique de l’Ouest et en Chine avec la livraison d’un nouveau navire pour ravitailler les plateformes pétrolières en matériel et en équipements spécifiques. La livraison d’un navire neuf dans un chantier de construction chinois est une formidable expérience. J’évolue depuis quelques mois à bord de navires MPSV (Multi Purpose Supply Vessel), équipés de grues et de ROV (Remotely Operated Vehicule) capables d’installer et remplacer les éléments sous marins d’un champ pétrolifère.

 

3) Shipping Lab : Qu’est ce que tu affectionnes dans ton job ? Quels en sont les avantages et inconvénients ?

Pierre-Antoine : Deux embarquements ne se ressemblent pas. On peut être amené à embarquer partout dans le monde, rencontrer des équipages différents et varier les opérations. Naviguer à l’Offshore me fait embarquer sur des navires technologiquement avancés et intéressants à manœuvrer. On peut vite être passionné par les innovations en terme de design et équipements spécifiques installés à bord pour créer de la valeur.

Si on a la chance de naviguer sur des navires qui font escale et ou il est possible de mettre le pied à terre, cela donne vraiment du sens à faire ce métier. Mais à l’Offshore, les navires rentrent peu au port et, si tel est le cas, l’escale sera optimisée pour que le bateau reparte au plus vite.

Humainement, c’est le choc des cultures. Ce n’est pas toujours évident d’imposer une organisation et des standards occidentaux à certains équipages qui vivent différemment. Plusieurs fois, j’ai essayé de me mettre à leur place en imaginant comment je réagirais si on m’imposait leurs façons de faire, sans convictions !

L’éloignement de ses proches pendant huit à neuf semaines et la gestion d’un équipage multiculturel sont pour moi, les deux aspects les plus difficiles de ce métier.

 

4) Shipping Lab : Quelle est ta vision sur le rôle de Shipping Lab pour le secteur ?

Pierre-Antoine : Le « shipping » est une industrie marginale en France et, il est primordial d’interconnecter les experts avec les jeunes entrepreneurs.

De plus, Shipping Lab devra  être la référence en termes de communication sur les nouveaux projets entrepreneuriaux. Sa force sera basée sur la qualité de son réseau d’experts et des jeunes entrepreneurs aux idées novatrices pour transformer le milieu maritime de demain.